Bernard Stiegler : philosophe de la désincarcération cérébrale !

Publié le par oldtime

" 60 % des Français déclarent prendre leurs repas devant la télévision et seulement 20 % sans télé, ni radio, ni musique "   

Source  :  le Domoscope Unilever

De la prison à la philosophie

Bernard Stiegler (B.S) a passé quelques années en taule, il en est sorti philosophe, lors de son séjour en prison il existait d'autant plus qu'il fréquentait de manière assidue les livres. Il a pu alors réaliser que ce sont les livres qui soutiennent le monde car ils conservent la mémoire de celui-ci comme "la Bible porte le christianisme." B.S a une méthode d'existence qui consiste à travailler sur deux plans : l'ordinaire et l'extraordinaire et c'est ce va et vient entre les deux qui permet de mieux nourrir son existence et donc pour l'auteur de mieux  transformer le monde. Il est resté des mois muet en prison, c'est là qu'il a pu rencontrer le problème de l'hermenia c'est à dire la capacité à mieux se comprendre à travers les textes, mais aussi à mieux interpréter l'écrit à travers sa propre vie.

Faire de ses faiblesses une force

C'est alors qu'il réalise que c'est la fragilité humaine qui fait ausi sa force : "l'homme c'est toujours du mort et du vif". Nous existons par les prothèses plus ou moins élaborées que sont tous les instruments d'enregistrements : du livre à la mémoire de l'ordinateur. Et de rappeler l'étymologie du verbe exister qui signifie "se tenir hors de soi". D'où une critique radicale du darwinisme social  qui ne peut pas ou ne veut pas comprendre que c'est la transformation de ses insuffisances en avantage qui fait la grandeur humaine.  Charles Baudelaire a transformé son "asocialité" en génie poétique ! A cet égard le travail est sublimation du désir et dans le même moment où est apparu le développement de la mémoire technique, l'économie libidinale est devenue gisement d'exploitation systématique.

La baisse tendancielle de l'énergie libidinale

Alors que l'Histoire depuis des millénaires avait marqué une séparation entre l'activité pour exister (l'otium) et le travail pour subsister (le negotium), fruit du négoce et donc du calcul, le XX e siècle supprime progressivement cette séparation d'où la montée progressive de l'industrie culturelle et des mass-media  ! Les industries vendent alors du temps de conscience ! La libido est capturée à des fins commerciales... Par exemple, on invente tous les salons possibles et imaginables : de la maison individuelle  jusqu'au salon de l'érotisme .... Pour B.S , il est nécessaire de remettre la culture ou l'otium au coeur  de ce que Paul Valéry appelait une économie politique de l'esprit : "l'industrie est devenue d'abord un enjeu  de culture, tout le monde le sait, sauf semble- t' il, les hommes politiques européens" . S'inspirant d'Aristote, qui dans son "Traité de l'âme" parle d'une tendance spontanée que nous avons à régresser; il pense que la puissance publique doit avoir pour fonction d'élever les esprits et de lutter contre la bêtise plutôt que de calculer l'abaissement généralisé. Cette politique demande une certaine vergogne...

( A lire entre autres ouvrages : Passer à l'acte; Dans un monde sans vergogne ; Galilée + Interview dans le Hors Série N° II Beaux Arts magazine 2005 )

Publié dans philosophie

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